GRANDE MOBILISATION A NAGRIN POUR LA GUERISON DES TRAUMATISMES
Mercredi 13 novembre à l’église Saint Marc de Nagrin. Que retenir d’une soirée de catéchèse et de prières pour la guérison des traumatismes, qui a enregistré la participation de plus de 5000 personnes dans la nuit, et la quasi-totalité des participants venus déposer leurs ressentis douloureux au pied la Croix pour obtenir la guérison ?

Au regard de la mobilisation très forte qui a caractérisé cette soirée de catéchèse et de prières pour la guérison des traumatismes à Nagrin, et aussi des définitions individuelles, la plupart assimilables à d’amères confidences de personnes désemparées, l’on ne peut que se souvenir de l’agonie du Seigneur Jésus au jardin des Oliviers explicitée par l’Abbé Bernard Désiré YANOGO dans S’approprier les Mystères du Christ pour Approfondir sa Vie Chrétienne » de l’Abbé François de Sales NARE. « Lorsqu’il se retire pour prier, et voit tout le mal, toutes les injustices, les crimes qui dévastent la terre, il appelle ses disciples à ne pas rester insensibles devant le fleuve de la haine et du mal ».
« Demeurez ici et veillez (Mc 14 33 s).
Nagrin a démontré que des disciples contemporains du Christ veillent. S’il est vrai que le sacrement de pénitence et bien d’autres actions de l’église constituent déjà cette conduite de la veillée recommandée par le Christ, l’exercice de la guérison des traumatismes qui rencontre une certaine adhésion des chrétiens catholiques promet des lendemains salutaires. Les gens y croient et fondent un espoir certain de se libérer du poids de leurs traumatismes. La paroisse de Nagrin l’a bien compris, et a invité l’Aumonier diocésain de la Pastorale de la santé, l’Abbé François de Sales NARE pour cette séance de catéchèse et de prières. Celui-ci administre, depuis 2 ans, ces séances inspirées de l’Alliance biblique comme il l’a dit lui-même.+

A l’entame des échanges sur les traumatismes, le Curé de la paroisse de Nagrin, l’Abbé Valery SAAKOUGRI a invoqué le Seigneur pour le bon déroulement de l’enseignement et demandé aussi l’accompagnement du Saint Esprit. Il a ensuite présenté l’Aumonier diocésain et l’a remercié et pour son accompagnement du jour.

Une opportunité pour trouver le salut de la libération du poids des traumatismes
Prévu au départ pour environ 4 heures, le programme a finalement été bouclé en 6 heures, pas du fait d’un timing erroné, mais de celui de l’expression d’une demande appuyée de la grande foule de fidèles qui cherchait à saisir cette occasion pour trouver le salut de la libération du fardeau des traumatismes. Les fidèles étaient donc là, chacun avec sa propre compréhension des blessures et des traumatismes. Mais celle-ci est devenue plus nette après un exercice d’audition d’une histoire pré enregistrée relative à la perte de plusieurs enfants d’une même mère dévastée, que ses coreligionnaires ont travaillé à aider à sortir de son traumatisme. Un autre exercice de conscience mettant en scène un couple en froid a exposé avec clarté la force des tensions familiales sur le quotidien des individus concernés qui, sans le pardon traînent avec eux le poids annihilant des mésententes et des bagarres dans tout ce qu’ils font.

Après avoir suivi ces exercices, des fidèles se sont lâchés dans une discussion active et participative. Invités à définir les traumatismes, les tentatives de définition ont évolué vers une exposition de peines tout aussi terribles les unes que les autres dont une partie est ceci : c’est la calomnie ; c’est de voir ses enfants engagés dans des conflits interminables empreints de haine ; ce sont les accusations dont on ne peut pas libérer ; ce sont les blessures internes que l’on porte depuis l’enfance. Ce sont les maladies ; il s’agit de souffrances internes qu’on traine avec soi sans pouvoir les raconter à des tiers.
Les définitions ont soudain viré à la conjugaison à la première personne du singulier et avec leur lot d’émotion : J’ai ma foi brisée ; je vis dans la peur ; les infidélités de mon époux me font souffrir beaucoup ; je suis fréquemment battue par mon époux ; mon mari n’a pas la foi ; je souffre de l’addiction à la drogue de mes enfants ; je n’ai pas la paix du cœur à cause du manque de maternité. Je fais face à un refus de pardon ; dans ma famille vivent 10 enfants que mes sœurs ont eu, mais aucun n’a été reconnu par un père ; au front est mort un membre de ma famille. Ça ne s’arrêtait plus, et la file des volontaires qui voulaient parler ne faisait que s’allonger. Les contributions ont dû être suspendues par l’aumônier diocésain qui a invité les fidèles chrétiens traumatisées ou malades à retrouver des cellules d’écoute mises place par le curé et ses collaborateurs, et aussi des prêtres et des catéchistes pour se faire écouter, d’avantage et éventuellement se confesser en toute intimité afin de recevoir les conseils nécessaires, les prescriptions de l’église ainsi que le pardon.

Ce beau monde s’est donc prêté à l’écoute et au sacrement de pénitence. Plus d’une heure impartie n’a pas suffi à recevoir tout le monde, et ceux qui étaient encore dans les longues files d’attente ont été conviés à revenir le lendemain jeudi et le surlendemain. La paroisse a d’ailleurs institué des cellules d’écoute qui opèrent tous les mardis et les jeudis.
Cette partie du programme consacrée à l’écoute des fidèles est intervenue pendant la récitation du rosaire, notamment, après les 2 premiers mystères et pendant que les autres fidèles poursuivaient la prière du rosaire, les écoutes avaient cours. Les écoutes terminées, la purification des fidèles à l’eau bénite, puis la célébration eucharistique en 2 étapes ont suivi.
Déposer au pied de la croix les souffrances vécues
L’évangile selon Luc 17, 11-19, (Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu) relative à la guérison des 10 lépreux qui en avaient appelé à Jésus pour leur guérison, et qui après guérison sont partis sans exprimer une quelconque gratitude, à l’exception d’un notamment, le samaritain, étranger de surcroit qui était revenu rendre gloire à Dieu.
Se basant sur cette parole, l’Abbé François de Sales NARE a fait observer dans son homélie que l’assemblée du jour voudrait recevoir cette santé holistique, qui touche toutes les dimensions de l’être. La condition cependant est d’avoir foi, d’avoir confiance en ce Dieu qui nous appelle, celui-là même qui en allant à Jérusalem avait rencontré et guéri les 10 personnes qui l’ont interpellé pour retrouver la santé.
Soulignant que chacun des fidèles présents ce soir-là à la paroisse Saint Marc de Nagrin voudrait être à la place de ces personnes qui attendent la guérison, ces personnes qui sont loin, loin de lui parce que indignes de s’approcher du buisson qui brûle, qui brûle si fort et suscitant la peur d’être brulé, mais devraient approcher celui-là qu’on a élevé au-dessus de la Croix. Comme dans l’ancien testament, il sied de lever les yeux vers celui qu’on a transpercé et de déposer au pied de la croix les souffrances vécues. « Nous déposons notre traumatisme ; nous déposons notre peur, nous déposons tout pour repartir sans ce qui nous enlève la paix du cœur. Je suis certain qu’à l’écoute de certaines personnes nous avons eu un soulagement du cœur, et Dieu commence déjà son œuvre en nous. Quand nous aurons reçu cela de façon totale, revenons comme ce lépreux, reconnaissons ce qu’il a fait de bien pour nous et disons merci au Seigneur, à travers ceux qu’il a mis ici », a-t-il précisé.

Les fidèles ont donc été invités à être reconnaissants, à montrer de la générosité et de la charité, et à se tourner résolument vers Saint Marc, le saint patron de la paroisse qui a su aussi écouter et relater tous les bienfaits que le Christ a fait quand il était sur la terre. L’homélie s’est achevée sur le souhait que par sa prière fervente soutenue par celle de notre mère la Vierge Marie, tous obtiennent la grâce du salut ; la grâce de la santé, de la guérison, la grâce de la foi renouvelée à chaque fois et que la communion au corps et au sang du Christ augmente en tous l’abandon au Seigneur, lui qui vit et règne pour des siècles des siècles.

Un premier anniversaire de la paroisse qui apporte le salut de la guérison des traumatismes
La soirée de catéchèse et de prières s’inscrivait dans le cadre des activités initiées pour célébrer le premier anniversaire de la Paroisse Saint Marc de Nagrin. Ce qui est sûr, les fidèles de la paroisse ont appris à connaitre la voie de la guérison des traumatismes. Ils savent aussi désormais que les traumatismes ne sont pas des choses que l’on peut cacher. Telle une bouteille en plastique vide que l’on veut enfouir dans de l’eau profonde, les traumatismes rejaillissent en surface. Ils se manifestent toujours d’une manière ou d’une autre chez la personne qui les porte : amaigrissement, tristesse, changement négatif. Il faut savoir bien cerner son ressenti profond douloureux, celui-là même qui a besoin de soins comme d’une plaie externe, et trouver une oreille attentive qui ne va ni juger, ni colporter notamment ; aller vers les prêtres, est déjà le pas à franchir. Le chrétien doit apprendre à déposer son fardeau de traumatisme au pied de la croix, car comme l’a répété l’Abbé François de Sales NARE, « Dieu nous aime. Pourquoi souffrons-nous ? »

Des centaines et des centaines de bouts de papier sur lesquels les fidèles ont noté les différents traumatismes ont été portés au pied de la croix et brulés. L’assemblée venait ainsi d’abandonner au Seigneur tous ces traumatismes rapportés. Certains venaient individuellement, quelque peu dans la mêlée pour déposer leurs bouts de papier dans le cercle de briques en parpaing dressé pour l’occasion. D’autres assis loin du podium où était adossée la croix ont eu recours aux paniers et au moins une douzaine de paniers remplis de bouts de papier ont étés déversés devant la croix. On eut dit que la quasi-totalité des personnes présentes avaient laissé là leurs traumatismes, ce qui sonne comme un véritable indicateur d’une société ravagée par des maux physiques, moraux, psychologiques et de traumatismes divers.
En écoutant les gens, on ne peut s’empêcher de penser qu’on n’imaginait pas que de telles réalités existaient, et l’on est porté à croire que les siens propres sont moins lourds à porter ; l’empathie aidant, on en vient à être choqué. En pensant aux prêtres qui écoutent ces ressentis profonds, on ne peut s’empêcher de se demander s’ils ne se retrouvent pas traumatisés eux-aussi en écoutant toutes ces histoires effroyables de nos vies, malgré cette conscience que nous avons qu’ils peuvent tout par la grâce de Celui qui les a fortifiés.

« Par son apôtre St. Jacques, il nous a ordonné de faire une onction d’huile aux malades, et nous prierons sur eux et avec eux pour que la prière des croyants les sauve, et que Toi tu les relèves » Ces mots prononcés par l’aumônier diocésain ont précédé l’onction d’huile. Sur une liste initiale des 39 Communautés chrétiennes de base (CCB) présentes, 71 personnes s’étaient inscrites comme malades et traumatisés désirant recevoir l’onction d’huile. Mais sur place, la forte pression pour les inscriptions a amené le curé à élargir la liste aux personnes présentes moyennant la présentation de leur carnet de baptême. Plus de 200 autres personnes ont pu être inscrites. Les écoutes suspendues, le curé a permis à des personnes qui n’avaient pas reçu le sacrement de pénitence de recevoir l’onction d’huile et de revenir se confesser plus tard.
Après l’onction d’huile, la célébration eucharistique s’est poursuivie normalement et l’on a prié aussi pour les malades dans les hôpitaux et ceux de la paroisse de Nagrin. L’adoration au Saint Sacrement a bouclé la soirée de catéchèse et de prières à Nagrin qui s’est achevée aux environs de 23 h 30. Comme l’a souhaité l’Abbé François de Sales NARE, beaucoup ont dû repartir le 13 au soir libérés, pendant que le Seigneur continuait son œuvre sur eux.
La première personne satisfaite de cette soirée reste le Curé de la paroisse. La mobilisation monstre évoquait celle des célébrations des grandes solennités de Noël ou de Pâque. C’était très clair, l’information a été bien relayée au niveau paroissial et conquis toutes les 39 CCB et même au-delà de l’église famille de Nagrin. Il confie que dans la matinée, la mobilisation avait déjà commencé avec des personnes venues choisir leurs lieux d’installation.

La veille, avait déjà débuté l’écoute au niveau de cellules spécialisées mises en place et qui dans la perspective de l’assistance future allait se poursuivre les mardis et les jeudis à la paroisse.
La sœur Edith KABORE qui suivait la soirée en direct apprécie en ces termes : « Félicitations pour cette soirée de prières à Nagrin. Le manque de pardon qui lie les 2 personnes est très symbolique et parlant. Que l’Esprit Saint vous assiste »
Par Françoise KABORE.




